Rétrospective : 10 ans sur le Canal de Savières et le Lac du Bourget

🇫🇷 Français  ·  🇬🇧 English  ·  🇮🇹 Italiano

Paddler sur le Canal de Savières devant Chanaz — Alpine Lakes Tour

Plus de dix ans. Plus de dix printemps — et quelques automnes — sur l’eau. Plus de dix matins au bord du canal, à Chanaz, avec le brouillard qui se lève sur le lac. L’Alpine Lakes Tour Canal de Savières et Lac du Bourget est devenu bien plus qu’une course : c’est un rendez-vous, une tradition, une histoire collective écrite à coups de pagaies.

2014 : et si on essayait ?

Il faut se souvenir de ce qu’était le stand up paddle en 2014. Une discipline jeune, électrique, encore en train d’inventer ses propres codes. Les boards étaient longues, les pagaies lourdes, les tenues de SUP race n’existaient quasiment pas. Mais l’enthousiasme, lui, était immense — et contagieux.

C’est dans cet élan que naît l’étape Canal de Savières, en tant qu’ultime manche de l’Alpine Lakes Tour 2014. L’idée est simple et belle : faire découvrir l’un des plus beaux couloirs d’eau de Savoie, ce canal naturel qui relie le Lac du Bourget au Rhône, traversant des paysages d’une sérénité absolue. Chanaz, surnommée la « Petite Venise Savoyarde », s’impose naturellement comme village de départ — ses ruelles de pierre, ses artisans, ses reflets dans l’eau en font un écrin parfait.

Ce premier jour, 44 coureurs s’élancent sur 11 km. Philippe Lachenal prend la tête dès le départ et ne la lâche plus. Derrière lui, Lionel Mougin et Vincent Verhoeven — alors membre de l’équipe de France — se disputent la deuxième place à quelques secondes. On improvise, on s’organise, on découvre ensemble. Tout est à construire. Et c’est exactement ce qui rend cette époque si précieuse dans la mémoire de ceux qui l’ont vécue.

Un cadre qui n’a jamais besoin de se justifier

Chanaz, la Petite Venise Savoyarde, village départ de l'Alpine Lakes Tour
Chanaz, la « Petite Venise Savoyarde » — village départ de l’étape depuis 2014. Photo : Alexis Fernet

Ce qui a rendu cette étape immédiatement attachante, c’est son décor. Le Canal de Savières n’est pas un plan d’eau ordinaire. C’est un bras vivant, bordé de saules et de roselières, où le courant porte doucement les paddlers en direction du Rhône. Remonter le canal — comme le veut le format de la longue distance — c’est batailler contre ce courant dans un silence presque total, interrompu seulement par le bruit des pagaies et le chant des oiseaux. Un effort, mais un effort qui en vaut la peine.

Au bout du canal, les eaux profondes et calmes du Lac du Bourget, le plus grand lac naturel de France, s’ouvrent comme une récompense. Le moment où le canal débouche sur le lac est chaque année décrit par les participants comme magique : soudain, l’horizon s’élargit, les Alpes apparaissent, et on comprend pourquoi on a fait la route.

Peu importe les éditions, peu importe les formats qui ont évolué au fil du temps — ce paysage, lui, n’a pas bougé. Et c’est sans doute la meilleure raison de revenir, année après année.

Les parcours

Carte du parcours longue distance Alpine Lakes Tour Canal de Savières
Le tracé de la longue distance : Chanaz → Lac du Bourget (Châtillon) → Chanaz

Deux parcours cohabitent depuis les premières éditions :

La longue distance (~14,5 km) : départ de Chanaz, remontée du canal contre le courant, boucle sur le Lac du Bourget jusqu’à la plage de Châtillon, retour avec le courant dans le dos. Un parcours qui récompense autant la puissance que la stratégie. Voir le tracé interactif sur OpenRunner.

La courte distance (~6,5 km) : départ de Châtillon sur le lac, descente du canal jusqu’à Chanaz avec le courant favorable — idéale pour découvrir l’étape, en famille ou pour les débutants. Voir le tracé sur OpenRunner.

Une course qui a appris à grandir

Départ Alpine Lakes Tour Canal de Savières 2019
Le départ de la longue distance depuis Chanaz. Photo : Alexis Fernet

En 2015, le départ est déplacé vers la plage de Conjux, sur les rives du lac. Trois courses au programme : courte, longue, et une junior race très disputée. Des Italiens, des Suisses, des Parisiens, des Marseillais font déjà le déplacement — la dimension internationale est là dès la deuxième édition.

En 2016, c’est la 10e et dernière étape de l’Alpine Lakes Tour 2016. 78 concurrents se retrouvent par un début d’octobre gris… qui se transforme par miracle en une journée ensoleillée et presque chaude à Chanaz. Le food truck La Chill Zone débarque depuis Talloires, et une longue tablée après la course scelle un peu plus le caractère festif de l’événement.

En 2017, on dépasse les 110 inscrits pour la première fois. Un nouveau food truck tente l’aventure : des BAO, fusion française et asiatique au feu de bois. On innove partout.

En 2018, la boucle lacustre évolue vers la plage de Châtillon à Chindrieux, enrichissant encore le tracé. Le parcours long atteint ses 14,5 km définitifs.

La course migre aussi progressivement de l’automne vers le printemps. Elle avait lieu en octobre lors des premières éditions — ultime manche du circuit — avant de s’installer définitivement en avril, coup d’envoi de la saison pour beaucoup.

Les années imprévisibles

2020. La course est prévue au printemps. Puis le monde s’arrête. L’étape est reportée au 1er août après obtention de l’autorisation préfectorale. Gilets de sauvetage obligatoires, masques requis au retrait des dossards et sur le podium. Une édition à part, organisée dans un contexte inédit, mais organisée quand même. La commune de Chanaz, par la voix de son maire, félicite chaleureusement l’équipe. Ce qui comptait.

2021. Retour de bâton. La préfecture de la Savoie interdit purement et simplement l’événement, invoquant une fréquentation estivale trop importante sur le canal — argument contesté par les organisateurs, qui rappellent que la course s’est tenue sept fois sans le moindre incident et n’obtiennent jamais les statistiques demandées. Après huit mois sans compétition dus au COVID, c’est un coup dur. Mais l’Alpine Lakes Tour est un circuit international, et la caravane repart vers le Val d’Aoste.

2022. La course revient — au printemps, pour la toute première fois. Et comme pour accueillir ce nouveau départ : une semaine plus tôt, les températures avaient frôlé les 20°C. Le jour J, la neige est là sur les sommets, le vent du nord souffle, les températures sont à peine positives. Et pourtant, les participants sont là. Ils ont toujours été là.

Des duels qui font l’histoire

Alpine Lakes Tour Savières 2024 — action sur le canal
Édition 2024 sur le canal. Photo : Alexis Fernet

2019 : 4 secondes. Samuel Carbillet et Olivier Comazzi se livrent un duel épique sur les 13,6 km du parcours. Carbillet, local de l’étape, avait déjà gagné ici en 2017. Il s’impose à nouveau — en 1h22’58”, avec 4 secondes d’avance sur Comazzi. Cette victoire le propulse à la première place du classement général de l’Alpine Lakes Tour 2019, avec 31 points d’avance au final. Ugo Clay, troisième, reste accroché au duo de tête jusqu’à la sortie du canal.

2025 : 3 secondes entre les trois premiers. Sébastien Jalmain l’emporte en 1h24’54”, devant Olivier Comazzi (1h24’55”) et Vincent Fondeviole (1h24’57”). Trois secondes entre trois coureurs après plus d’une heure d’effort. Une arrivée de sprint sur le plan d’eau de Chanaz. Ce genre de course-là, on ne l’oublie pas.

Le palmarès, année par année

Au fil des éditions, des noms reviennent, des visages s’imposent. Voici ce que l’histoire a retenu :

Année Vainqueur — Long Distance Vainqueure — Long Distance Note
2014 Philippe Lachenal (FR) Virginie Samson (FR) 1ère édition — 44 participants
2015 Nicolas Carlier (FR) — 1h12’42” Virginie Samson (FR) — 1h26’50” Départ depuis Conjux
2016 Philippe Lachenal (FR) — 1h10’46” Edith Teulade (FR) — 1h22’53” 78 participants
2017 Samuel Carbillet (FR) — 1h13’31” Micheline Hauchecorne (CH) Carbillet a 18 ans ! 110+ inscrits
2018 Vincent Verhoeven (FR) — 1h19’39” Marie Dautruche (FR) — 1h28’17” Nouvelle boucle vers Châtillon
2019 Samuel Carbillet (FR) — 1h22’58” Tanja Ecker (DE) — 1h34’31” 4 sec sur Comazzi ! 1er ALT général
2020 Ludovic Teulade (FR) — 1h16’54” Anna Tschirky (CH) — 1h24’53” Édition août — COVID
2021 Édition annulée — arrêté préfectoral
2022 Antoine Ribault (FR) — 1h25’16” Emmanuelle Marcon (FR) — 1h41’04” 1ère édition printanière — neige !
2023 Loïs Chardebas (FR) — 1h26’33” Florence Julen (CH) — 1h38’15” Comazzi 2e à 5 sec
2024 Olivier Comazzi (CH) — 1h27’02” Olympe Vernede (FR) — 1h37’25” Participants GB, DE, CH, FR
2025 Sébastien Jalmain (FR) — 1h24’54” Florence Julen (CH) — 1h33’45” 3 sec entre les 3 premiers !

Des visages qui font l’âme de la course

Philippe Lachenal est le premier grand nom de cette course. Déjà leader du classement général de l’Alpine Lakes Tour 2014, il s’impose sur le Canal de Savières et revient l’emporter en 2016 sur sa F-One 14′ en 1h10’46” — record de l’étape encore tenu longtemps. Une régularité qui pose les jalons sportifs du rendez-vous dès ses débuts.

Samuel Carbillet marque l’histoire d’une façon bien particulière. En 2017, il n’a que 18 ans quand il remporte la longue distance. Deux ans plus tard, en 2019, il revient s’imposer avec seulement 4 secondes d’avance sur Comazzi — et se retrouve couronné 1er du classement général de l’Alpine Lakes Tour. « The new star of the Alpine Lakes Tour », titre le site à l’époque.

Emmanuelle Marcon, du Pagaies Club Thonon, est la figure féminine la plus régulière de cette course. Présente depuis les premières éditions, au podium quasi systématiquement, elle s’impose en 2022 dans des conditions quasi hivernales. Sa maîtrise du courant, son placement dans les virages du canal, sa gestion de la boucle sur le lac sont devenus une référence pour celles qui se lancent en compétition.

Olivier Comazzi, Suisse de Muraz, est l’autre fil rouge de l’étape. Présent depuis 2017, régulièrement dans les trois premiers, il remporte enfin l’édition 2024 après une 2e place en 2023 — et revient en 2025 terminer à une seconde du vainqueur. Une fidélité au rendez-vous qui dit tout de ce que cette course représente.

Olympe Vernede incarne le renouvellement de la discipline : 3e en 2023, elle s’impose à 19 ans en 2024. Florence Julen, Suissesse, gagne en 2023 et revient s’imposer en 2025 avec son meilleur temps sur le parcours. La relève est là, elle est belle.

Et puis il y a tous les autres — ceux dont les noms n’apparaissent pas en tête de classement mais qui forment le cœur battant de l’événement. Ceux qui font 6,5 km pour la première fois en famille. Ceux qui reviennent chaque année avec les mêmes amis, les mêmes plaisanteries, le même café partagé au bord de l’eau avant le départ. Ceux qui ont découvert le stand up paddle grâce à cette course et n’ont plus jamais arrêté.

Merci à celles et ceux qui font tourner la machine

Alpine Lakes Tour Canal de Savières 2025 — ambiance après la course
L’ambiance après la course à Chanaz, édition 2025. Photo : Alexis Fernet

Une course, ce n’est pas seulement des pagaies dans l’eau. C’est aussi des dizaines de bénévoles qui posent des balises à l’aube, la commune de Chanaz qui ouvre ses portes et ses quais, les photographes qui immortalisent chaque départ, les équipes de secours du CFS 73, les partenaires fidèles — Red Paddle Co aux côtés de l’événement depuis 2015, la Miellerie de Chanaz, la Brûlerie de Chanaz, la Distillerie des Aravis, l’Auberge de Portout et le Shana Hotel.

À chaque édition, c’est la même magie : une petite ville savoyarde qui se réveille aux couleurs du SUP race pour quelques heures, et qui reprend ensuite son cours tranquille le long du canal.

Regard vers l’avenir

En 2014, on ne savait pas vraiment ce qu’allait devenir ce rendez-vous. On espérait qu’il marche, qu’il dure, qu’il fasse des heureux. Plus d’une décennie plus tard, la réponse est là — écrite dans les classements, dans les photos d’archives, et dans la mémoire de ceux qui y étaient.

Le stand up paddle a changé. Les boards sont plus rapides, les pagaies plus légères, les athlètes plus spécialisés. Les formats se sont affinés, la communauté s’est élargie à l’Europe entière. Mais quelque chose reste intact : cette envie de se retrouver sur l’eau dans un endroit magnifique, de se dépasser, de partager un repas après la course en parlant des virages dans le courant et des moments où les jambes brûlaient.

Cette course appartient à tous ceux qui l’ont déjà vécue. Et elle attend tous ceux qui ne l’ont pas encore essayée.

Si tu n’as jamais pagayé sur le Canal de Savières un matin de printemps, avec le soleil qui effleure les Alpes et l’eau verte du canal devant toi — c’est une expérience qui mérite vraiment d’être faite. Peu importe ton niveau, peu importe ta planche. Il y a un parcours pour toi. Il y a des gens comme toi.

👉 Inscriptions 2026 — c’est ouvert !

À très vite sur l’eau. 🌊

— L’équipe Alpine Lakes Tour

2 Replies to “Rétrospective : 10 ans sur le Canal de Savières et le Lac du Bourget”

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *